Kazeo
Mardi 2 Décembre 2008, Ste Viviane
Ami(e)s sur KaZeo (3)
Mes partenaires
Mes flux RSS
Services
Articles de la rubrique "Egypte ancienne"
 Accès direct à :
 
La civilisation égyptienne

Samedi 14 Juin 2008 à 22:54

Publié par histoire-universelle dans Egypte ancienne


Les pyramides de Kheops, Khéphren et Mykérinos à Gizeh

Au même titre que les civilisations mésopotamienne, indienne et chinoise, celle de l'Egypte antique compte parmi les plus anciennes. Dans le creuset de la basse vallée du Nil, au nord des cataractes, elle évolue dans une grande unité culturelle à l'époque pharaonique. Durant les siècles qui la précèdent, la basse vallée est très peu occupée par les hommes en raison des violentes crues qui la traversent périodiquement, et de la présence d'une faune dangereuse: jusqu'à l'époque romaine, récits et mosaïques illustrent ce foisonnement de l'eau, des plantes et des animaux dans un espace très restreint.  

Les liens entre les groupes humains installés aux VI e et V e millénaires dans les oasis de la rive gauche et sur la rive droite du Nil et des cultures d'Afrique noire, du Sahara et même, pour les époques anciennes, du Proche-Orient sont aujourd'hui reconnus. La civilisation pharaonique a profondément influencé le Proche-Orient voisin, la Nubie septentrionale, puis la Grèce et Rome, héritières culturelles pas toujours conscientes de l'ampleur de leurs emprunts à l'Egypte, héritières aussi de cultes tels que celui d'Isis. A partir de la conquête assyrienne, et surtout des occupations grecque, romaine et byzantine, la culture égyptienne, dans les villes du Nord, se colore d'aspects nouveaux. 

L'influence primordiale du milieu
L'environnement a eu une influence déterminante sur l'histoire. Sous un climat aride pour l'essentiel, la productivité élevée de l'agriculture égyptienne était tributaire d'une plaine inondable, longue mais très étroite: 19,2 km de large en moyenne, 248 km de long jusqu'au Delta. Les baisses prolongées et périodiques du volume des crues annuelles pouvaient être un facteur de tensions sociales ainsi que de conflits militaires et politiques; les accroissements modérés augmentaient les réserves alimentaires. Le phénomène de la crue exigeait un énorme effort collectif d'organisation de l'espace; il a favorisé la constitution d'un gouvernement centralisé.  

Les déserts à l'est et à l'ouest recelaient des pierres et des minéraux précieux et contribuaient à protéger l'Egypte contre les invasions et les infiltrations extérieures. Au sud, la désertification s'est aggravée dès l'époque pharaonique, contribuant à séparer par de larges espaces, riches seulement en pierres et en or, l'Egypte proprement dite des civilisations de Koush puis de Méroé. L'Egypte a entretenu des relations militaires, diplomatiques et économiques avec ses voisins du Nord-Est et du Sud; ces derniers surtout constituaient parfois pour elle une menace militaire.

Innovation, continuité et réussite
Innovation, continuité et réussite sont les trois caractéristiques de la civilisation égyptienne. Parmi les réalisations majeures, on relève une promotion continue de l'unité politique et de la stabilité sociale; la constitution de réserves de nourriture et de matériaux sur lesquelles reposait une superstructure administrative, militaire, sacerdotale et artisanale; l'invention et la mise en œuvre d' un système d'écriture, vers 3100 av. J.-C. Sa diffusion, ainsi que celle de la lecture, affermit le pouvoir politique, fixe et enrichit les patrimoines religieux, intellectuel et scientifique: l'essor de l'astronomie et des mathématiques, par exemple, dont la recherche récente commence seulement à mesurer l'exceptionnelle importance.  

Ces progrès ont favorisé le développement d'une architecture en pierre et en brique, complexe, pouvant prendre des dimensions colossales, ainsi que l'épanouissement de formes artistiques particulièrement accomplies (statuaire, bas-reliefs et peinture), qui comptent parmi les plus éminentes de l'Antiquité.  
 
Un monde idéal
La religion, les conceptions de l'ordre social et un système de pouvoir monarchique fort restèrent fondamentalement inchangés pendant plus de 3'000 ans. Le climat de stabilité y contribua, tout comme la continuité culturelle; contrairement à d'autres régions du Proche-Orient, l'Egypte n'a dû assimiler que très lentement des apports de populations de langues et de mentalités différentes. On ne saurait négliger l'importance de la conception du monde, puissante et fermement ancrée, que partageaient tous les Egyptiens, celle d'un cosmos englobant les dieux, les hommes et la nature et qui avait été créé dans sa forme achevée dans la nuit des temps; sa perfection éloignait les forces destructrices et chaotiques environnantes.

L'adhésion aux traditions religieuses, politiques et culturelles était perçue comme nécessaire au maintien de cette perfection et à la préservation de l'Univers de la destruction. L'architecture religieuse et l'art égyptiens - temples et tombeaux - respectaient scrupuleusement des canons de style et de contenu: ils avaient pour rôle de dépeindre cet ordre idéal, et, partant, de constituer l'un des divers moyens d'intégration religieuse de l'Egypte dans le cosmos.

3'000 ans d'histoire

Samedi 14 Juin 2008 à 22:57

Publié par histoire-universelle dans Egypte ancienne




L'histoire égyptienne
L'histoire de l'Egypte se répartit en trois époques distinctes :

L'Ancien Empire. Fondé vers 3200 avant J.-C., la capitale est Memphis. Des pharaons, tels Khéops, Khéphren et Mykérinos, érigent de grandioses pyramides.

Le Moyen Empire. De 2052 à 1770 avant J.-C., la capitale devient Thèbes. L'Egypte étend sa puissance. Sous le Nouvel Empire (1580-1085 avant J.-C.), l'Egypte est plus puissante que jamais avec la dynastie des Ramsès. Les pharaons conquièrent la Syrie- Palestine.

La Basse Epoque. Peu à peu l'Empire tombe aux mains des Assyriens, des Perses, des Grecs, puis des Romains, au 1er siècle avant J.-C..


Les origines de la civilisation égyptienne
4000-3100 av. J.-C.
- Fin de la préhistoire (civilisations de Nagada)
- Plusieurs centres organisés en Haute et Basse-Egypte.
- Productions artisanales (palettes à fard, vases en pierre dure).

3100-2700 av. J.-C.
- La période prédynastique
- La période thinite (
I e - II e dynasties)
- Unification légendaire (?) du pays par le roi Ménès/Narmer.
- Invention de l'écriture hiéroglyphique. Urbanisation.
- Organisation du pouvoir pharaonique et de la religion.
- Organisation de l'irrigation, creusement de canaux.

2700-2200 av. J.-C.
- Ancien Empire (III
e - VIII e dynasties)
- Epoque des grandes pyramides et des mastabas. Rédaction des premiers grands textes biographiques ou religieux (Textes des Pyramides).
- Parmi les rois célèbres : Djoser, Khéops, Khéphren, Mykérinos.

2200-2050 av. J.-C.
- Première période intermédiaire (IX
e - XI e dynasties).
- Troubles intérieurs. L'Egypte est divisée en principautés.


Les époques classiques
2050-1750 av. J.-C.
- Moyen Empire (XI
e - XIII e dynasties)
- Conquêtes militaires (Afrique, Syro- Palestine) : les richesses affluent.
- Age d'or de la civilisation (art, langue, littérature, artisanat).
- Parmi les rois célèbres : les Montouhotep, les Sésostris, les Amenemhat.

1750-1580 av. J.-C.
- Deuxième période intermédiaire (XIV
e - XVII e dynasties)
- L'Egypte est divisée, puis tombe sous le pouvoir d'un peuple asiatique (les Hyksôs). Ils apportent certains progrès techniques (des armes, le cheval, la roue).

1580-1070 av. J.-C.
- Le Nouvel Empire (XVIII
e - XX e dynasties)
- Conquêtes militaires (Afrique, Asie). L'Egypte dispose d'un empire colonial.
- Grands temples égyptiens (Karnak, Louqsor, Deir el-Bahari). Tombes creusées dans la Vallée des Rois, la Vallée des Reines, pour de riches particuliers (Louqsor ou Saqqarah) ou pour de plus modestes artisans (Deir el-Médina).
- Le Nouvel Empire s'achève par une période d'affaiblissement du pouvoir royal et de corruption.
- Parmi les rois célèbres : les Amenhotep (appelés aussi Aménophis), les Thoutmosis, la reine Hatshepsout, Akhénaton, Toutankhamon, les Séthi, les Ramsès.

Les époques tardives
1070-664 av. J.-C.
- Troisième période intermédiaire (XXI
e -XXV e dynasties) Plusieurs rois : l'Egypte est divisée.
- Importance de la ville de Tanis (au Nord) et des grands prêtres d'Amon à Louqsor (au Sud).
- Invasions étrangères (rois d'origine soudanaise).

664-332 av. J.-C.
- Basse Epoque (XXVI
e - XXX e dynasties)
- Empire saïte (XXVI
e dynastie ; 664-525 av. J.-C.) : les rois Psammétique chassent les envahisseurs.
- Imitation des monuments du passé (art archaïque).
- Nouvelles invasions : l'Egypte est gouvernées par les souverains perses.

332-30 av. J.-C.
- Epoque Ptolémaïque
- Alexandre le Grand «libère» l'Egypte des Perses.
- A sa mort, des rois d'origine grecque s'installent sur le trône pharaonique : les Ptolémées (parmi les reines : Cléopâtre VII). Ces souverains, bien que de culture et de tradition grecques, encouragent la construction de grands sanctuaires égyptiens (temples d'Edfou, de Dendara, d'Esna, de Philae, etc) et maintiennent les cultes égyptiens.

30 av. J.-C. - 642 ap. J.-C.
- L'Egypte devient une province romaine. Les empereurs de Rome, puis de Byzance, sont les Pharaons. Les pharaons romains poursuivent l'oeuvre architecturale des Ptolémées. L'Egypte se convertit au christianisme (église copte). Le dernier temple égyptien (Philae), est fermé en 537 ap. J.-C.

642 ap. J.-C.
- Invasion arabe. L'Egypte se convertit à l'islam.

La structure sociale égyptienne

Samedi 14 Juin 2008 à 22:59

Publié par histoire-universelle dans Egypte ancienne


Cliquez sur le schéma pour voir l'animation en Flash.

La structure sociale de l'Egypte est pyramidale : le pouvoir économique, politique et religieux est concentré entre les mains du pharaon, roi-dieu dont toute la société procède. La majorité des terres cultivées lui appartiennent, les mines, les carrières de pierre et le commerce extérieur sont l'objet d'un monopole d'Etat.

Le pharaon, le roi dieux
Le pharaon est le premier roi, dieu incarné. Cette divinité tangible peut, par sa seule autorité de maître universel, apporter la connaissance et la lumière. La royauté, facteur de vie, d'ordre, d'équilibre et de justice représente le recours auquel les Egyptiens font confiance pour surmonter les obstacles.

Comme il contrôlait le débit du Nil, le pharaon, incarnation du dieu primordial, créateur de l'univers auquel il s'intégrait après sa mort, régissait la fertilité. Le démiurge prit différents aspects selon les époques et les lieux mais le mythe fondamental demeura inchangé. Le roi fut l'incarnation d'Horus, l'Eloigné, dieu céleste préhistorique représenté par un faucon qui figure très souvent dans l'iconographie. Les inscriptions disent : le roi régnait déjà lorsqu'il était dans l'oeuf et, annonçant sa mort : le faucon a volé vers l'horizon. Pour certaines solennités, le souverain se pare de plumes de faucon. Des statues le représentent mi-homme, mi-oiseau.

La distance séparant le roi du reste de la société ne fut pas uniquement affirmée par la hauteur de sa pyramide au sommet doré mais fut toujours symbolisée dans les cérémonies du couronnement où l'aspect humain disparaissait sous l'aspect divin. Protecteur du pays tout entier, il réunissait dans sa personne deux forces rivales : le dieu Horus de Basse Egypte et le dieu Seth de Haute Egypte. Cette dualité s'exprimait tant dans la titulature que par les deux couronnes blanche et rouge, objets sacres considérés comme des déesses tutélaires et conservés dans leurs tabernacles par des chambellans spéciaux. Le trône, ayant la faculté de rendre le monarque divin et royal, était personnifié par la déesse Isis.

Le concept du roi, dieu Horus incarné, domina toute la période Archaïque et les débuts de l' Ancien Empire. Les pyramides à degrés et celles de Guizeh restent les témoignages de la foi d'un peuple voué tout entier à l'édification de monuments destinés à l'éternité non d'un souverain mais d'un dieu. Sous la IV e dynastie, les théologiens d'Héliopolis, prenant de l'influence, imposèrent à la dynastie suivante la prééminence du dieu-soleil, Ré-Hérakhty dont le roi était le fils. La sécheresse due aux crues trop basses du Nil provoqua des doutes sur les pouvoirs royaux. Le prestige du pharaon subit une éclipse.

Les pharaons du Nouvel Empire, conformes à l'idéal du héros guerrier entouré d'une aristocratie militaire de charrerie, s'élevèrent au rang suprême par des faits d'armes remarquables. Le roi combattit en personne à la tête de ses troupes. Devenu le champion de l'Egypte, il fut l'incarnation aussi bien d'un dieu de la guerre comme Mentou ou Baal que celle du dieu-soleil. Il est représenté comme un héros glorieux et conquérant, fier sur son char, vainqueur de tous ses ennemis, réussissant tous les exploits avec le même bonheur à la guerre comme à la chasse. Le pharaon ajoute une nouvelle couronne à celle des Deux Pays : la Couronne Bleue de la Victoire, le Khéperech.

Les nombreux et magnifiques monuments édifiés sous Aménophis III montrent que l'empire atteignit sous son règne le faite de sa puissance, de sa richesse, de sa souveraineté territoriale. Ensuite, un déclin s'amorça à travers tout le Proche Orient qui subit les assauts des Peuples de la Mer et, pendant le douzième siècle avant Jésus Christ, entraîna l'installation de nouvelles populations en Syrie, au Liban, en Palestine et en Anatolie.

Au cours de la Basse Epoque, des étrangers assumèrent la royauté égyptienne. Libyens, Koushites, Perses et Grecs se chassèrent les uns les autres. Tous cependant respectèrent la tradition royale et les cultes envers Amon, Ré-Herakhty et Osiris persistèrent. La masse populaire reporta sa dévotion sur ses dieux locaux et voua un culte excessif à certains animaux. La grandeur de l'ancienne Egypte, indissolublement liée à celle des pharaons qui l'avaient conçue et créée s'écroula en même temps que la royauté.


Chefs militaires
L'Etat militaire égyptien repose sur une hiérarchie structurée où règne une stricte discipline tandis que l'intendance est assurée par une organisation permanente. L'idéal guerrier est le héros qui se distingue par sa bravoure, ses faits d'armes, ses ruses et ses combats singuliers. Les noms des paladins sont glorieux : les deux Ahmose d'Elkab, Djehouti qui, par stratagème, prit la ville de Joppé, Amenemhab sauvant ses chars à Qadesh.

Avec l'apparition de la charrerie, les méthodes de combat et la composition de l'armée se transformèrent complètement. Une aristocratie militaire assura le commandement de divisions réparties elles-mêmes en vingt compagnies comprenant cinq sections. Le char à timon unique, attelé de deux chevaux, se composait d'une caisse légère en bois recouverte de cuir dans laquelle prenaient place un conducteur et un combattant. Ce dernier était armé d'un arc composite, d'une hache et d'un javelot lancé par un propulseur.

Dès leur très jeune âge, les rois et leurs fils étaient placés à la tête de leur corps d'armée et très sérieusement entraînés. Au temps de Ramsès II, les forces égyptiennes relevant du commandement suprême du pharaon et de son représentant, le Lieutenant Général de l'Armée, se composaient de quatre divisions portant les noms des dieux Ré, Amon, Ptah et Soutekh. Le commandement se répercutait d'échelon en échelon. Il semble que n'importe quel homme d'éducation convenable ou même simple scribe, ait pu atteindre les plus hauts grades. Le titre porté par Aménophis-fils-de-Hapou de Scribe des Recrues paraît avoir recouvert une haute fonction comportant la répartition des effectifs tant au sein de l'armée que pour réaliser les grands travaux. Les scribes avaient en charge l'intendance, le secrétariat et sans doute le partage du butin. L'Etat-Major s'occupait de la logistique. Le pharaon réunissait ses généraux et certains hauts fonctionnaires avant chaque campagne pour en élaborer les plans.

Scribes
Une administration aussi complexe nécessitait la collaboration de nombreux fonctionnaires qui puissent lire et rédiger. Dès les premières dynasties, des Maisons de Vie dispensèrent les connaissances. Rattachées au palais royal puis aux divers temples et aux grands ministères, elles furent de véritables maisons d'éducation. Les humbles scribes de village transmettaient leur savoir à leurs enfants et à certains de leurs proches selon le système généralisé en Egypte de l'apprentissage direct du père au fils ou du maître au disciple.

L'enseignement commençait tôt. Le jeune enfant rencontrait une première difficulté de langage. Il devait recopier des textes religieux rédigés auparavant dans une langue qui, pour lui, était déjà presque morte et qu'il ne comprenait pas. Les textes égyptiens nous sont parfois d'ailleurs parvenus sous une forme dénaturée. Ce conservatisme littéraire imposa souvent, au nom de la tradition, un conformisme d'expression un peu figé.

Les scribes jouèrent un rôle prépondérant à travers toute l'histoire égyptienne. Qu'ils les tracent en caractères hiéroglyphiques ou hiératiques puis en démotique, ils rédigèrent les annales de la royauté, les textes religieux et juridiques, des traités de médecine et de pharmacie, de mathématiques, de morale. Ils s'exprimèrent dans tous les genres littéraires. La continuité de l'Egypte traditionnelle fut assurée par leur intermédiaire. Un scribe du treizième siècle avant J.-C. avait gravé ce testament : " Leurs monuments se sont écroulés. Leurs prêtres funéraires n'existent plus, leurs sépultures sont recouvertes par les sables et leurs chambres mortuaires oubliées. Mais, parce qu'ils ont écrit de beaux textes, leur mémoire demeure à tout jamais".

Artisans
Les artisans vivaient souvent dans des communautés proches des grands sites où les monuments étaient édifiés : Guizeh, Lahoun, Amarna et surtout Deir-el-Médineh. A l'ouest de Thèbes, ce village hébergea pendant cinq siècles les artistes et ouvriers qui construisirent et décorèrent les nécropoles thébaines. Les fondations des soixante-dix maisons qui le composaient témoignent encore du passage de plusieurs générations dont les tombes ont été creusées dans les collines environnantes. 

Les paiements se faisaient en nature, les rations allouées aux travailleurs manuels étant plus importantes que celles des employés et des porteurs. Il était distribué du blé et de l'orge assurant le pain et la bière de première nécessité, des légumes, du poisson et du bois comme combustible. A certaines occasions, des gratifications sous forme de sel, de vin, de boissons douces ou autres denrées de luxe, complétaient les salaires. Chaque famille occupait une maison de brique crue élevée sur des fondations en pierre. Les métiers, carriers, maçons, plâtriers, dessinateurs, peintres, sculpteurs, artisans sur cuivre, scribes se transmettaient héréditairement. La plupart des mariages se faisaient à l'intérieur de la communauté. Les habitants disposèrent d'assez de temps libre pour creuser et décorer leurs propres tombeaux, du moins jusqu'au règne de Ramsès II. Leurs descendants se contentèrent d'aménager ceux de leurs ancêtres qui devinrent des caveaux familiaux.

Ces artisans disposaient d'un nombreux personnel pour assurer les travaux domestiques : couper le bois, puiser l'eau du Nil à près de cinq kilomètres et la rapporter à dos d'âne, laver le linge, moudre le blé. Chaque quartier appointait son propre pêcheur pour lui fournir chaque semaine du poisson frais. Les affaires du village étaient gérées par un Conseil composé des hommes les plus âgés et de leurs épouses aidés d'un scribe. Outre les questions courantes, ce Conseil réglait les querelles et les différends sans conséquence ; il infligeait parfois quelques peines. Les délits graves ressortissaient de la justice du vizir.

Alors qu'il fut si souvent raconté que les monuments égyptiens avaient été édifiés avec la sueur et le sang d'esclaves sacrifiés, il est important de signaler les conditions de travail. La journée était rythmée par quatre heures de labeur le matin suivies d'un repas et d'une sieste. L'après-midi, à une heure variable, le travail reprenait pour quatre autres heures. Il faut aussi signaler que l'absentéisme était courant.

Agriculteurs
La paysannerie représentait la part la plus importante de la population. Comme elle était illettrée, sa voix ne s'est jamais fait entendre mais nous en avons les représentations que nous en ont laissées les riches propriétaires ou les descriptions des scribes. L'année commençait pour elle au début de la crue lorsque les eaux envahissaient les canaux. Les travaux d'irrigation étaient sa plus grande préoccupation et nécessitaient une surveillance et des soins incessants : drainage des berges marécageuses, extension des surfaces cultivées, nettoyage des canaux. Il fallait aussi enlever le sable apporté par le vent sur les champs cultivés et arroser laborieusement à la main les terrasses les plus hautes.

Les paysans vivent en famille dans leurs villages ou, dans le Delta, campent sous des tentes pour garder les troupeaux qui pâturent. Un Conseil de village gère les affaires courantes et l'administration centrale n'intervient qu'en deux occasions : la perception des impôts et les problèmes créés par la crue ou des conditions agricoles difficiles.

La première rencontre des cultivateurs avec l'administration centrale était la venue des contrôleurs pour la perception des impositions. Afin de déterminer les taxes dues, ils arpentaient les champs, mesuraient les récoltes, dénombraient le bétail et les volailles, inspectaient les vergers, les vignes et les palmeraies. Aucune monnaie n'ayant eu cours avant l'occupation perse, les prélèvements étaient effectués en nature. La moitié de toutes les productions était ainsi destinée au trésor et bien souvent l'autre moitié assurait à peine la subsistance familiale.

La richesse de l'Egypte reposait sur son agriculture. De nombreux corps de métier, tisserands de laine ou de lin, tanneurs, bouchers, brasseurs, vanniers dépendaient directement de ses productions mais, bien que de manière plus lointaine, tout le reste du pays était concerné. Lorsqu'un péril menaçait les récoltes, la corvée réclamait un effort général. Chacun, quelle que soit sa profession, était réquisitionné le temps nécessaire à surmonter les difficultés. Les prêtres eux-mêmes n'étaient pas exemptés et les hauts fonctionnaires se chargeaient de la surveillance et de l'organisation du travail. Il s'agissait le plus souvent de maîtriser les caprices du Nil et d'effectuer les travaux d'endiguement ou d'irrigation nécessités par une crue trop forte ou trop basse.

Parfois il fallait nettoyer les terres ou ramasser et engranger les moissons. Tous les Egyptiens recevaient des pics, des houes, des paniers et se mêlaient aux paysans.
Le pharaon étant en théorie le seul propriétaire de tout le pays, les ouvriers des ateliers comme des entrepôts étaient en principe les serviteurs du roi. En fait, ils travaillaient soit pour des institutions, soit pour des particuliers, représentants du pouvoir royal. Certaines professions comme les tailleurs de pierre, les coupeurs de bois, les porteurs d'eau étaient recensées et les listes établies servaient lors de l'organisation des corvées. Les serfs et les esclaves constituaient le dernier échelon de cette classe ouvrière. Particulièrement nombreuse à partir de la fin du Moyen Empire et pendant le Nouvel Empire, elle était formée surtout d'asiatiques et de koushites. Ceux-ci étaient d'anciens prisonniers de guerre ou avaient été acquis par vente régulière. L'esclavage fut pratiqué au Proche-Orient dès le milieu du second millénaire av. J.-C. jusqu'à la fin du siècle dernier. Le statut des esclaves ne semble pas avoir été très strict et avoir comporté beaucoup d'interdits. Considérés comme impurs, ils n'étaient pas admis dans l'enceinte des temples et ne pouvaient approcher le dieu local qu'à l'occasion des fêtes où il était solennellement promené à l'extérieur et dépose, çà et là, sur des reposoirs. Trop pauvres pour s'offrir un tombeau, leurs cadavres étaient jetés dans le Nil au mangeur du mort qui, sous la forme d'un crocodile, purifiait le fleuve en les avalant et les restituait aux eaux primordiales.

Soldats
Au début de la XVIII e dynastie , l'armée se composait de nombreux mercenaires égyptiens et nubiens auxquels il fallut adjoindre les recrues de la conscription obligatoire. Tous les hommes sont appelés et les meilleurs choisis. L'adulte est versé dans l'infanterie et l'adolescent dans les Cadets. Tant pour les Egyptiens que pour les étrangers, une carrière militaire fut souvent la seule possibilité d'échapper à leur condition modeste et de s'assurer une situation. Les soldats valeureux étaient promus officiers, se voyaient octroyer des prisonniers comme esclaves et recevaient l'or de leur valeur. Cette décoration pouvait prendre la forme de mouches en or massif, d'armes en or ou en argent ou de bijoux d'un grand prix.

Les simples soldats recevaient leur part de butin en bétail, armes, vêtements, parures pris aux luxueux ennemis asiatiques. Ils étaient pensionnés avec la garantie de recevoir des vivres et des terres prises sur le domaine royal qui étaient laissées à la famille tant qu'un de ses hommes servait dans l'armée. Ces soldats et les vétérans retirés formaient une classe privilégiée fondamentalement dévouée à l'armée et à son chef.

 

Le pharaon

Samedi 14 Juin 2008 à 23:01

Publié par histoire-universelle dans Egypte ancienne


Ramsès II (Temple d'Abou Simbel)

Dans l'Egypte antique, le pharaon était le souverain, le maître absolu du pays.

Le mot pharaon vient de l'ancien égyptien per-aâ, qui désigna d'abord le palais royal puis, à partir de la XXIIe dynastie (950-730 av. J.-C.), l'hôte de ce palais, le roi d'Egypte. Les Hébreux furent les premiers à employer couramment ce mot.


Le fils de Râ

Dès l'Ancien Empire (2780-2380 av. J.-C.), le titre officiel du roi, son «protocole», se compose de cinq noms distincts. Les deux derniers sont inscrits à l'intérieur d'un cartouche, boucle de corde allongée et nouée sur un côté. Ce cartouche symbolise «ce que le soleil encercle», c'est-à-dire l'Univers. Et, pour les Egyptiens, l'Univers est la possession du pharaon.

De tout temps, le pharaon a été représenté à l'image des dieux. Comme eux, il porte une couronne, une barbe postiche et un sceptre. Les cérémonies de naissance et de couronnement soulignent son origine divine. Les textes le proclament «fils de Râ» et héritier de la fonction du dieu Horus, premier souverain d'Égypte selon la légende.

A partir de la XVIIIe dynastie (1580-1314), les pharaons se proclament descendants directs d'Amon-Râ, roi des dieux. Pour légitimer son accession au trône, la reine Hatshepsout (morte en 1483) n'hésite pas à faire figurer sur une paroi de son temple, à Deir el-Bahari, une scène montrant le dieu Amon-Râ et sa mère s'unissant charnellement et engendrant ainsi la future reine.


Le garant de l'harmonie universelle

Enfant des dieux, dieu lui-même, le pharaon a pour fonction de maintenir l'harmonie universelle telle que la symbolise Maât, déesse de la vérité, de la justice et de l'accord parfait des forces du monde. Lorsqu'un pharaon meurt, Maât est menacée, le chaos risque de s'installer. Seul l'avènement d'un nouveau pharaon permettra au monde de retrouver le rythme reçu du démiurge lors de sa création, et rétablira l'équilibre cosmique.

Le pharaon est le garant du lever du soleil et de la régularité des crues du Nil. Seul représentant des hommes auprès des dieux, c'est toujours lui que l'on voit sur les reliefs des temples en train d'accomplir les rituels divins, le clergé n'étant que son délégué dans chaque sanctuaire.


Dieu vivant ou chef d'Etat

Si l'on s'en tient aux rituels, aux statues colossales et aux textes composés pour la propagande du roi, on est tenté de croire que le peuple égyptien prenait effectivement son pharaon pour un dieu vivant sur terre. Or, les contes et les annales historiques démentent cette conception : aux yeux de ses sujets, le roi est un homme que l'on juge aux actes. Il n'est pas infaillible et, s'il a la faveur des dieux, il n'en est pas toujours entendu. Dans son gouvernement, il confie au vizir une partie de ses charges, mais il garde la priorité des décisions dans tous les domaines : justice, police, armée, politique intérieure et extérieure. Et, à l'occasion, le peuple égyptien critique les erreurs commises par le roi.

L'idéologie officielle dote le pharaon d'une nature divine et d'un pouvoir surnaturel, tandis que l'imagination populaire le traite comme un chef d'Etat disposant de tous les pouvoirs.

Les pyramides

Samedi 14 Juin 2008 à 23:03

Publié par histoire-universelle dans Egypte ancienne


Les pyramides de Kheops, Khéphren et Mykérinos à Gizeh

Les pyramides d'Egypte et de Nubie
Environ quatre-vingts pyramides de l'Egypte antique ont survécu. La plupart d'entre elles sont situées sur la rive occidentale du Nil, au bord du désert et au-delà de la zone cultivable de la vallée. La plupart des grandes pyramides égyptiennes furent élevées pendant l'Ancien Empire, entre les IIIe et VIe dynasties à Gizeh, Saqqarah, Dahchour, Meïdoum et Abousir. Tous ces sites se trouvent au nord du pays, à environ 30 kilomètres de l'ancienne capitale, Memphis, juste au sud du Caire actuel. Quelques pyramides plus modestes furent aussi érigées dans le Nord pendant la première période intermédiaire, et ultérieurement, pendant le Moyen Empire (environ 2050-1780 av. J.-C.), il y eut un renouveau de construction de pyramides dans la province du Fayoum. Il existe même quelques très petites pyramides qui n'ont toujours pas été identifiées en Egypte, par exemple à Seila, Zaouiêt-el-Amouat et El Kola, et celles-ci remontent probablement aussi à l'Egypte primitive.  

La forme pyramidale persista pendant le Nouvel Empire (environ 1580-1080 av. J.-C.), visible dans les petites superstructures en terre crue que sont les chapelles mortuaires de roturiers à Abydos et à Thèbes. Le dernier renouveau majeur de cette forme au bord du Nil est situé beaucoup plus bas au sud, en Nubie - à Kuru, Nuri, Napata et Méroé - où les structures en briques de terre crue étaient élevées à partir de bases carrées très exiguës. Ces pyramides exceptionnelles appartiennent à une période d'hégémonie locale dans le Sud alors que l'Egypte elle-même était sous le joug de pays étrangers. Datant de 720 av. J.-C. à 350 apr. J.-C., ces pyramides offrent un exemple d'une adaptation tardive et très intéressante de la forme caractéristique de l'ancienne sépulture royale de l'Egypte.  

Bien qu'aucune des sépultures dans les pyramides n'ait survécu aux déprédations des pilleurs de tombes, il est néanmoins manifeste que les pyramides étaient destinées à servir de sépultures ou de cénotaphes. Il est probable que ce type de sépulture ait finalement été abandonné car, en dépit de sa taille et de sa complexité, chaque pyramide était pillée peu après sa fermeture hermétique. Non seulement ces pyramides contiennent des sarcophages brisés, des vestiges d'objets façonnés retrouvés à l'intérieur et à l'extérieur et suffisamment de preuves inscrites pour pouvoir identifier les défunts, mais elles sont aussi entourées d'autres sépultures dans d'évidents cimetières, ce qui porterait à croire que les pyramides étaient bien des sépultures. En outre, pendant les V e  et VI e  dynasties, les pyramides contenaient des textes dans la salle intérieure qui faisaient référence à l'existence de tombes dans les pyramides et, de même, les écrits ultérieurs mentionnent l'incapacité des pyramides de conserver les défunts et leurs biens.

Les textes des pyramides
Les textes des pyramides font partie d'un ensemble d'écrits religieux rédigés pour permettre aux défunts d'atteindre leur but dans l'au-delà. Selon les croyances égyptiennes, le souverain défunt devait être conservé, revivifié et placé sur le vaisseau du dieu solaire afin de pouvoir naviguer à travers le ciel pendant le jour et de guider ce vaisseau en toute sécurité à travers les périls des enfers pendant la nuit. Les textes des pyramides comprennent des rituels, des formules d'offrandes, des textes d'ascension et des sortilèges pour permettre au pharaon d'accéder au rang des grands dieux et de surmonter les serpents-démons qu'il rencontrerait dans les enfers.

Le complexe mortuaire
La pyramide elle-même est un tumulus élevé en pierre à l'intérieur duquel ou sous lequel se trouvait une sépulture, mais cette structure n'est qu'un élément d'un complexe plus vaste d'édifices qui composent le monument intégral. A côté de la pyramide, en général à l'est, il y avait un temple mortuaire où la dépouille momifiée du souverain recevait les derniers sacrements. Celui-ci laissait une dotation qui garantissait un approvisionnement d'offrandes au temple longtemps après son inhumation. Tandis que les renfoncements à l'intérieur des pyramides étaient censés rester scellés et inaccessibles, les prêtres, les membres de la famille et les sujets loyaux pouvaient continuer de présenter leurs hommages dans ces temples relativement petits.  

Un lien semblable entre le temple mortuaire et le tombeau existait à travers toutes les périodes et parmi la plupart des échelons sociaux dans l'Egypte antique. Mais même les entrées de tombeaux assez inaccessibles se révélaient être malencontreusement proches à cause des temples mortuaires fort visibles. Dans le Nouvel Empire, l'on tenta de séparer les temples mortuaires des inhumations royales (que l'on cachait dans des tombes-tunnels creusées dans la Vallée des Rois, qui était secrète et dissimulée à l'ouest du Nil, à Thèbes). Cela entraîna la nécessité d'inverser les tailles proportionnelles de ces deux structures mais, en fin de compte, cela ne protégea pas davantage les sépultures.  

En plus de ces deux éléments essentiels à chaque complexe pyramidal, il y avait aussi un mur d'enceinte pour délimiter l'emplacement de chaque sépulture. D'autres monuments en l'honneur du souverain défunt étaient élevés à l'intérieur de ce mur, dont une pyramide subsidiaire, qui contenait probablement le faux sarcophage du double du roi, ou ka. Puisque les pyramides étaient construites dans le désert stérile et éloigné des limites cultivables, on estimait souvent qu'il était nécessaire de construire un temple dans la vallée du Nil afin que l'entourage funéraire puisse y accéder en bateau. Après avoir débarqué au temple avec la dépouille royale, les offrandes et le trésor destiné à la vie future du roi, le cortège funèbre pouvait avancer le long d'une chaussée couverte qui débouchait sur le temple mortuaire. Tous les complexes mortuaires des pyramides achevées entre les IV e  et XII e  dynasties partageaient ces caractéristiques principales.

Développement de la forme pyramidale
Il y eut une période de développement avant l'évolution du complexe mortuaire et avant que la forme pyramidale idéale n'eût été réalisée. La pyramide elle-même fut développée à partir de structures plates et rectangulaires en terre crue qui furent utilisées comme sépultures royales pendant les deux premières dynasties. A cause de leur apparence, les Arabes modernes appelaient ces structures des mastabas, c'est-à-dire des bancs. Ces mastabas cachaient des puits verticaux qui menaient à la chambre funéraire et avaient aussi des compartiments pour les provisions qui étaient recouvertes de débris pour assurer la sécurité. Ils avaient parfois des niches à l'extérieur et une petite salle ouverte qui tenait lieu de chapelle funéraire et on y trouvait souvent aussi une pierre qui servait d'autel, sur lequel on pouvait laisser des offrandes.

La pyramide la plus ancienne, qui est sans doute aussi la première structure monumentale en pierre de l'Histoire, vit le jour sous la forme d'un mastaba qui s'accrut à plusieurs reprises. En y ajoutant d'autres mastabas, mais de taille progressivement plus petite, on obtenait une «pyramide à degrés» à six gradins. Ce monument, élevé à Saqqarah pour le roi Djoser (ou Djéser) de la III e dynastie, était le chef-d'œuvre du ministre et principal architecte de Djoser, Imhotep, qui, plus tard dans l'histoire d'Egypte, fut considéré comme un dieu à cause de ses talents. Non seulement cette pyramide à degrés est très impressionnante sur le plan de son envergure et de ses superbes proportions, mais la qualité du travail de la pierre des bâtiments avoisinants et les détails décoratifs en font un premier essai admirable.  

La construction d'au moins deux autres pyramides à degrés pour des souverains de la III e  dynastie fut commencée avant qu'une pyramide véritable ne fût entreprise à Meïdoum. Malheureusement, celle-ci s'affaissa durant l'Antiquité, peut-être même au cours de sa construction. Les murs de soutènement internes en préservent la partie centrale, mais son revêtement s'est effrité.  

Deux pyramides furent érigées à Dahchour pendant le règne de Snefrou, premier souverain de la IV e  dynastie, et celles-ci constituent les dernières étapes de la transition vers la forme pyramidale véritable. A l'origine, la pente de la pyramide méridionale était assez accusée. Cet angle fut cependant modifié, diminuant ainsi la hauteur de la structure, peut-être afin de réduire le risque d'affaissement de sa salle intérieure qui semble avoir présenté une fissure dangereuse due au poids de la pierre; ainsi cette «pyramide courbée» fut-elle enfin achevée. La structure septentrionale à Dahchour fut la première pyramide véritable réussie, avec des côtés droits s'élevant en pointe. Sa base carrée est la plus grande après celle de la Grande Pyramide de Kheops à Gizeh mais l'angle de sa pente est sensiblement inférieure de sorte que l'ensemble est beaucoup plus bas.  

Il semblerait logique que cette pyramide septentrionale ait été construite après la pyramide courbée, mais ceci n'est pas prouvé; par ailleurs, rien ne justifie l'existence de deux pyramides pour Snefrou. Il est possible que l'une d'entre elles fût un cénotaphe pour le double du roi, ou ka, ou alors la pyramide septentrionale fut commencée en raison de la nature précaire de la pyramide méridionale. Il est également possible que ces chantiers servissent simplement à fournir du travail régulier aux ouvriers des pyramides.  
 
Les grandes pyramides de Gizeh
Kheops (ou Khoufou), fils et héritier de Snefrou, fut responsable de l'ébauche de l'immense nécropole admirablement conçue de Gizeh. Cette «cité des morts» dépendait du complexe mortuaire de Kheops. Il y avait également un cimetière à l'ouest pour les membres plus âgés de sa famille et ses fonctionnaires principaux. Un autre cimetière, à l'est, comporte de petites pyramides qui étaient probablement celles des reines, et des tombes mastabas pour certains de ses enfants.  

La pyramide de Kheops est la plus grande pyramide véritable et elle compte parmi les merveilles artificielles du monde. A sa base, elle mesure environ 230 mètres de côté et sa hauteur, qui faisait environ neuf mètres de plus qu'aujourd'hui, était de 147 mètres. Cette structure presque entièrement solide contiendrait environ 2,3 millions de blocs de grès pesant entre deux à trois tonnes chacun. Ces blocs étaient extraits de carrières avoisinantes et le tout était probablement revêtu de calcaire finement travaillé provenant de la carrière de Tura, de l'autre côté du Nil, au sud du Caire actuel.  

On estime actuellement qu'il fallut cent mille hommes, qui ne pouvaient travailler que pendant la crue, pour achever cette construction en vingt ans. Ces chiffres furent d'abord avancés par Hérodote, l'historien grec qui, deux mille ans plus tard, fut le premier voyageur dont la description des pyramides nous soit parvenue. Ces chiffres semblent exagérés, à moins qu'il ne s'agisse de main-d'œuvre agricole employée pendant que les champs étaient inondés. Il ne semble pas que des esclaves aient été exploités, mais il reste à prouver les motivations des ouvriers: voulaient-ils rendre service à leur souverain divin ou simplement gagner leur vie pendant la saison creuse?  

La pyramide de Kheops comportait des galeries reliant le côté septentrional à trois salles principales placées les unes au-dessus des autres. La salle supérieure, qui se trouve approximativement au milieu de la pyramide, mais qui n'est pas centrée, était reliée à une grande galerie avec une voûte en encorbellement. La salle en granit contient toujours le sarcophage brisé du souverain. Sur le côté oriental de la pyramide, des fouilles ont révélé le temple mortuaire ainsi qu'une partie de la chaussée et plusieurs cavités contenant les grandes barques en bois datant de plusieurs siècles et qui étaient probablement utilisées pour transporter la dépouille du souverain, son attirail funéraire et le cortège funéraire vers la pyramide.  

La pyramide de Khephren, le fils de Kheops, se trouve au milieu du groupe de Gizeh. Bien qu'elle soit un peu plus modeste que la pyramide de Kheops, elle est plus impressionnante que cette dernière à cause du revêtement de calcaire qui recouvre encore le sommet, et aussi de l'excellent état de la plupart des éléments du complexe pyramidal. Le temple de la vallée qui se trouve à côté du grand Sphinx en roc est remarquablement intact et sa chaussée, son mur d'enceinte, son temple mortuaire et sa pyramide subsidiaire sont tous reconnaissables.  

La pyramide de Mykérinos, au sud de celle de Khephren, est beaucoup plus petite: sa base ne mesure que le quart de celle de Kheops mais, à une exception près, la pyramide de Mykérinos est plus grande que les dernières pyramides.  
 

Mode de construction des pyramides de Gizeh
L'un des principaux mystères qui entourent les pyramides de Gizeh est leur mode de construction. Les chercheurs ne s'accordent toujours pas sur un modèle unique, et les hypothèses continuent d'être proposées - on ne tiendra pas compte ici des théories qui attribuent la construction des pyramides à des interventions surnaturelles.  

Les sources antiques concernant la construction des pyramides de Kheops, Khephren et Mykérinos sont réduites à des auteurs très postérieurs à la période de construction elle-même : Hérodote, qui relate dans son Enquête les dires de prêtres égyptiens recueillis environ deux mille ans plus tard ; Diodore de Sicile, encore plus tardif. Cependant, les hypothèses des chercheurs modernes se sont souvent appuyées sur ces deux auteurs antiques.  

Diodore de Sicile rapporte un mode de construction fondé sur une rampe frontale s'élevant en même temps que la pyramide, sur laquelle les énormes pierres mises en œuvre pouvaient être roulées. Cette théorie, avec de nombreuses variantes, a été développée par des auteurs contemporains (Jean-Philippe Lauer, le Mystère des pyramides, 1988). Certains ont proposé l'hypothèse d'une rampe enveloppante, tournant autour de la pyramide au fur et à mesure de son élévation. Ce premier groupe de théories présente cependant un inconvénient lorsqu'on l'applique aux énormes masses des monuments de Gizeh: la construction de la rampe, qui doit être démontée par la suite, nécessite la mise en œuvre d'un volume de matériaux supérieur à celui de la pyramide elle-même.  

Hérodote rapporte un système de construction au moyen d'engins de levage tout à fait comparables au chadouf à balancier encore utilisé de nos jours au Soudan, et qui permettent de soulever des blocs de pierre de 2 à 3 tonnes, comme ceux qui constituent la plus grande part de la pyramide. Cette théorie a été notamment développée par l'Allemand Karl Richard Lepsius (Über den Bau der Pyramiden, 1843). Elle ne peut cependant expliquer comment des blocs de plusieurs dizaines de tonnes ont pu être amenés au sommet de la chambre du roi dans la pyramide de Kheops.  

Une dernière théorie, reprenant le système décrit par Hérodote puis par Lepsius pour l'élévation des blocs de 2,5 tonnes, propose d'expliquer l'insertion de blocs de granit de 40 tonnes au-dessus de la chambre de Kheops par l'utilisation d'un ascenseur oblique, dont la grande galerie située à l'intérieur de la pyramide constituerait la glissière et dont le contrepoids serait formé de cinq blocs indépendants, permettant de diminuer ainsi, en le divisant, le poids des énormes blocs de granit mis en œuvre ; plusieurs indices sembleraient étayer cette thèse (Pierre Crozat, Système constructif des pyramides, 1997).  

Parmi les autres questions non résolues figurent, entre autres, celles de la présence ou non, dans les pyramides de Khephren et de Mykérinos - qui sont inviolées - d'une chambre funéraire, et la façon dont l'entrée de la pyramide de Kheops a pu être découverte par les voleurs supposés.

Les dernières pyramides
Les pyramides de la V e  dynastie furent érigées à Saqqarah par l'architecte Imhotep et à Abousir. Celle du roi Ounas à Saqqarah est la plus importante car c'est dans cette pyramide qu'apparurent pour la première fois les textes en hiéroglyphes gravés sur les parois des chambres intérieures, textes indiquant le but religieux de ces monuments. La chaussée ornée d'admirables bas-reliefs est également intéressante. Les «textes des pyramides» apparaissent dans toutes les pyramides de la VI e  dynastie à Saqqarah, y compris celles des trois reines, les épouses de Pépi II. La pyramide de la XII e  dynastie (Moyen Empire) d'Amenemhat Ier à Licht était remplie de pierres anciennes provenant de nombreuses autres structures de l'Ancien Empire. Les murs intérieurs de la plupart des pyramides de la XII e  dynastie étaient remplis de gravats, de sable ou de terre crue. Les architectes s'efforcèrent de dissimuler les entrées afin de dérouter les violateurs, mais toutes ces tombes furent néanmoins pillées. La pyramide d'Amménémès III (ou Amenemhat) comportait un très grand temple mortuaire sur sa face méridionale. Hérodote fut plus marqué par ce «labyrinthe», comme il l'appelait, que par les pyramides mais, malheureusement, il n'en reste rien.

Un millénaire plus tard, la construction de pyramides fut reprise en Nubie après la conquête de l'Egypte par Piankhy, qui tenta d'imiter la culture égyptienne. Par la suite, plus de cent pyramides furent érigées sur plusieurs sites en Nubie pendant environ un millénaire. Ces pyramides étaient élevées avec des temples attenants et n'abritaient pas seulement les tombes des rois et des reines. Elles étaient généralement solidement bâties en blocs de grès, mais il existait aussi certaines structures en briques de terre crue à la fin de l'empire méroétique, vers 350 apr. J.-C.

 
Horloge
Mes statistiques
  • 1 connecté(s)
    1 commentaires
    Total de 4034 visiteurs
    Depuis le 13/06/2008
    Mise à jour le 24/06/2008
Newsletter