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La fondation mythique de Rome

Samedi 14 Juin 2008 à 23:10

Publié par histoire-universelle dans Empire Romain

Photo Musée romain d’Avenches

Romulus et Remus
Lorsque les Grecs s'emparent de Troie, le prince Enée, fils de Vénus et du mortel Anchise, réussit selon la tradition à s'enfuir en Italie, et aborde près de l'embouchure du Tibre. Il s'allie au roi aborigène Latinus, dont il épouse la fille Lavinie, et fonde Lavinium.  

Son fils Ascagne fonde Albe la Longue, dont le treizième roi, Numitor, est détrôné par son frère Amulius. Ce dernier fait de sa nièce, Rhea Silvia, une vestale vouée à la chasteté. Or celle-ci, violée par le dieu Mars, donne le jour à des jumeaux, Romulus et Remus, qui sont déposés sur le Tibre. Le fleuve en crue abandonne leur berceau au pied d'une colline, le Palatin. Ils sont nourris par une louve, puis recueillis par un berger.  

Parvenus à l'âge adulte, Romulus et Remus rassemblent une troupe qui réussit à tuer Amulius pour rétablir Numitor sur le trône d'Albe. Leur grand-père les encourage à aller s'installer ailleurs, et les jumeaux choisissent le site de Rome.  
 

Romulus comme fondateur de Rome
L'observation du vol des oiseaux (prise d'auspices) désigne Romulus comme fondateur. La date attribuée à la fondation mythologique de Rome est 753 av. J- C. A la suite d'une querelle, Remus est tué par son frère. Ce dernier enlève les filles de ses voisins, les Sabins, qui acceptent finalement de s'unir aux Romains avec leur roi, Titus Tatius.  

Romulus dote Rome d'un sénat, divise la population en trente curies, lui donne des institutions, une organisation militaire, avant de disparaître mystérieusement et d'être honoré par assimilation au dieu Quirinus.  

C'est un Sabin, Numa Pompilius, qui lui succède et qui donne à Rome, suivant les conseils de la nymphe Egérie, son organisation religieuse. Vient ensuite Tullus Hostilius, qui détruit Albe la Longue (épisode du combat des Horaces et des Curiaces). Enfin, le Sabin Ancus Martius fonde Ostie.  
 


Trois rois étrusques
Le VIe  siècle est marqué par le règne de trois rois étrusques. Tarquin soumet les Latins, fait assécher le site où sera installé le forum et renforce le sénat. Servius Tullius fait construire une enceinte et, pour organiser une armée civique, dote les Romains d'une constitution censitaire.

Enfin, Tarquin, surnommé le Superbe, engage de grands travaux et construit le temple de Jupiter, Junon et Minerve sur le Capitole. Mais ce souverain se conduit en tyran, et l'un de ses fils viole Lucrèce, qui se suicide. Brutus ameute alors le corps civique et ordonne la fermeture des portes de Rome à Tarquin, parti en expédition. C'est alors que commencerait la République.  
 


Le site mythique
Cette histoire mythique reçoit des fouilles actuelles de nombreuses confirmations. La petite plaine du Latium est peuplée, au VIII e  siècle av. J.-C., par des pasteurs et des agriculteurs, tandis que le site de Rome, en bordure du Tibre, sur les limites septentrionales du Latium, est celui d'une cuvette inondable - le futur Forum - entourée de collines. La présence d'une île y facilite le passage nord-sud, à l'écart des marais de la côte; le fleuve est navigable en amont comme en aval, et une route du sel, de la côte vers les monts Albains et surtout vers Sabine, permet d'approvisionner les éleveurs de l'intérieur.  
Rome vers 509 av. J.-C.

Un peuplement est attesté par l'existence de fonds de cabanes sur le Palatin et de nécropoles vers le nord. L'expansion de la civilisation étrusque, jusqu'en Campanie, se traduit par la conquête du Latium. Le VI e  siècle correspond à une période de grande activité édilitaire et de participation aux échanges méditerranéens.  
 

L'héritage des Etrusques
C'est aux Etrusques que Rome doit son nom, sa muraille, l'assèchement de la cuvette du Forum (construction d'un grand égout, ou Cloaca maxima) et la construction du sanctuaire du Capitole. Les fouilles ont révélé de grandes demeures privées. Enfin, des populations venues d'autres contrées y affluèrent. La Rome des rois étrusques apparaît comme une cité florissante, où trois pouvoirs se partagent l'administration: le roi, le sénat et l'assemblée des gentiles dans le cadre des trente curies. La fin de la monarchie se traduit par l'avènement d'une aristocratie. Rome ne se libère de l'emprise étrusque que vers 475-470, avant de se replier sur elle-même.

Rome face aux Grecs

Samedi 14 Juin 2008 à 23:13

Publié par histoire-universelle dans Empire Romain


Rome vers 264 av. J.-C.
Carte Hachette Livre

La République romaine connaît des débuts difficiles. Membre de la ligue des peuples latins, elle en prend le contrôle, déjoue la menace étrusque et repousse les attaques des peuples montagnards de l'intérieur. L'invasion gauloise de 390 n'est qu'une brève catastrophe, sans doute bénéfique dans la mesure où elle affaiblit les cités étrusques au nord.  

Au milieu du IVe  siècle, la nouvelle muraille de Rome en fait la cité la plus vaste en Italie centrale. Comme les peuples sabelliens (montagnards de l'Apennin) de l'intérieur ont conquis presque toute la Campanie, la cité grecque de Naples demande des secours à Rome contre l'un d'entre eux, les Samnites. Les Romains, depuis 348, ont établi des rapports diplomatiques avec Carthage, et dominent le Latium depuis la dissolution de la ligue latine en 338.  

Les Grecs ne s'aperçoivent du danger que représente Rome qu'au moment où les armées romaines avancent en Campanie; les guerres menées contre les Samnites permettent à Rome de forger une armée solide, et les alliances formées entre Samnites, Gaulois et Etrusques ne peuvent en venir à bout. Sa victoire à Sentinum, en Ombrie (295), marque un tournant: les Romains contrôlent désormais toute l'Italie centrale, notamment les riches contrées d'Etrurie et de Campanie.  

Les cités grecques méridionales font appel au roi d'Epire, Pyrrhus, dont l'armée est épuisée par ses propres victoires; les Grecs se divisent, et le roi doit rembarquer.  

La prise de Tarente en 272 met un terme aux résistances méridionales, tandis que la prise puis la destruction de Volsinies (Orvieto) marquent la fin de la résistance étrusque. L'Empire prend forme, mais c'est Rome qui dirige la politique «italienne» par des traités bilatéraux à son avantage. Les Romains ont aussi confisqué de nombreux territoires, souvent en des points stratégiques, et y ont établi des colons.  
 

La conquête du bassin méditerranéen

Samedi 14 Juin 2008 à 23:16

Publié par histoire-universelle dans Empire Romain


La conquête romaine
Carte Luc Rehmet

Les guerres puniques
Dans la cadre de la conquête de la Méditerranée, les Romains et les Carthaginois, longtemps alliés contre les Grecs ou les Etrusques, deviennent voisins après la conquête romaine de l'Italie du Sud et l'affirmation des ambitions carthaginoises en Sicile. Carthage est aussi puissante que Rome, mais ne dispose pas d'autant d'alliés.

Lors de la première guerre punique (264-241), Rome l'emporte et prend le contrôle de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse, ses premières provinces hors d'Italie. Carthage se dote alors d'un vaste ensemble territorial dans le sud de la péninsule Ibérique (fondation de Carthagène), tandis que Rome doit faire face à une forte riposte des Gaulois du fait de sa politique de colonisation en Italie septentrionale.  

La deuxième guerre punique (219-201) est dominée par le génie d' Hannibal, dont l'écrasante victoire à Cannes (216) entraîne la défection de Capoue, la plus puissante alliée des Romains.  


Après la défaite d'Hannibal
Finalement, à Zama, en Afrique, Scipion, allié aux Numides, contraint Carthage à la paix en 202, après avoir vaincu Hannibal. Les Romains étendent leur Empire sur un bon tiers de la péninsule Ibérique, du Perthus au cap Sagres, mais il leur faudra deux générations pour venir à bout de la résistance des peuples de l'intérieur et porter leur frontière jusqu'au Tage.  

Conscients peut-être de la supériorité de la civilisation hellénistique, les Romains veulent éviter une occupation permanente en Méditerranée orientale. Le contrôle de la plaine du Pô leur paraît essentiel (fondation d'Aquilée en 181), et si les légions romaines brisent la puissance des rois grecs, c'est pour maintenir un équilibre où leurs alliés (notamment les rois de Pergame, d' Egypte et de la République rhodienne) tiennent leur place. Cette politique ne dure qu'un demi-siècle: il faut organiser la Macédoine en provinces pour la défendre contre les Barbares (148) et terroriser les Grecs par la destruction de Corinthe, l'année même où Carthage est anéantie à l'issue de la troisième guerre punique (146).  

La domination romaine
Toutefois, le legs fait à Rome de ses possessions par le roi de Pergame installe définitivement les Romains dans le monde égéen (133): le triomphe sur la Macédoine (167) avait permis de supprimer l'impôt direct sur les citoyens (tributum), mais la nouvelle province d'Asie fournissait près de la moitié des ressources du Trésor romain.  

Rome se met à vivre de son Empire mais doit faire face aux troubles qui en résultent: révoltes serviles en Sicile, révoltes en Macédoine, en Asie et, à la fin du siècle, guerre contre le roi des Numides, Jugurtha, qui refuse le démembrement de son royaume.  

La crise politique
Dans la cité même naît une crise sociopolitique: dans une société de plus en plus puissante, les élites doivent devenir de plus en plus riches pour garder leur rang, tandis que les classes moyennes, déjà épuisées par l'effort de guerre, connaissent une paupérisation.  

Le rassemblement des terres en un petit nombre de mains profite à quelques citoyens au moment où l'essor du grand commerce permet l'accroissement des fortunes mobilières, tandis que les classes moyennes perdent, par l'émigration, une partie de leurs éléments. Par ailleurs, les artisans et les petits propriétaires terriens éprouvent la concurrence des produits importés.

Des revendications voient le jour, notamment la demande de terres. C'est alors qu'un grand noble, Tiberius Gracchus, tribun de la plèbe, propose une redistribution des terres de l'Etat en faveur des citoyens les plus démunis, les prolétaires. Mais il paie de sa vie cette initiative (133). Son frère, Caius Gracchus, reprend ce projet, confie les tribunaux aux chevaliers, lesquels ne participaient pas jusqu'alors à la vie politique.  

De nouvelles mesures sont prises: fondation de colonies, grands travaux ( routes), imposition d'un prix maximal des céréales en faveur des plus démunis. Mais l'oligarchie sénatoriale, effrayée par la volonté de Gracchus de fonder un principe politique nouveau (repris de Tiberius), celui de la souveraineté populaire, décide d'utiliser l'état de siège, qui suspend les garanties de la loi, pour se débarrasser de trublions tels que lui (121).

Les légions romaines
Avant la fin de la guerre en Afrique, l'Empire est menacé par l'invasion des Cimbres et des Teutons; Marius, riche chevalier, qui réussit à écarter ce danger, est élu consul plusieurs années de suite, contrairement à la coutume. On lui doit avant tout la réforme de l'armée suivant des modalités précises: recrutement étendu aux prolétaires volontaires, à qui est promise la reprise des distributions agraires, et aux citoyens non fortunés (abaissement régulier du cens), uniformisation.  

Le recrutement de citoyens pauvres va entraîner un changement capital: ces nouveaux soldats trouvent là un moyen de promotion sociale (par le centurionat), mais aussi d'enrichissement en participant aux profits de la guerre. Ainsi, les légions romaines, à la merci des chefs les plus offrants, deviennent la proie des factions politiques.  

Les révoltes intérieures
Ce danger apparaît quand Marius et le consul Sulla se disputent le commandement de la guerre contre Mithridate, roi du Pont, qui venait de s'emparer de la province d'Asie. Sulla, dépossédé par un plébiscite, marche sur Rome à la tête de ses légions, massacre ses ennemis et part mener les opérations dans le monde égéen.  

Les marianistes, revenus au pouvoir, procèdent à des épurations sanglantes. La guerre civile reprend au retour de Sulla, qui s'empare de Rome, massacre les marianistes et confisque leurs biens, favorisant ainsi l'enrichissement colossal de ses lieutenants, notamment Lucullus, Pompée et Crassus. La péninsule Ibérique fait alors sécession sous la direction de Sertorius, qui est vaincu par Pompée.  

Sulla augmente le nombre de magistrats, restaure les pouvoirs du sénat (porté à 600 membres) et affaiblit ceux des tribuns de la plèbe. La République connaît plusieurs crises: révolte de Spartacus (73-71) en Italie, agitation pour la restauration des pouvoirs des tribuns de la plèbe, distribution gratuite du blé aux citoyens, conjuration de Catilina déjouée par Cicéron.  
 
Pompée
Dans l'Empire, Pompée ne peut achever qu'en 73 sa réorganisation de l'Occident (Gaule Narbonnaise et péninsule Ibérique), avant de mettre fin à la piraterie en Méditerranée et de mener à son terme la guerre contre Mithridate, ce qui a pour conséquences la conquête de la Syrie et l'établissement d'une ceinture d'Etats clients, de la mer Noire au golfe d'Aqaba. En Sicile, un procès contre le gouverneur concussionnaire Verrès révèle les abus de l'administration provinciale, principale voie d'enrichissement des élites politiques, assurées le plus souvent de l'impunité.  

En 61 av. J.-C., le fastueux triomphe de Pompée marque approximativement le terme d'une vie politique assez libre dans une République où le pouvoir est disputé parfois avec violence, mais encore publiquement et sans recours à l'armée.  

Rome, dont le principal atout est la puissance démographique, contrôle directement ou indirectement les nations méditerranéennes. La population de l'Italie, unifiée politiquement, s'élève à près de 7,5 millions d'habitants; dans l'ensemble, la péninsule apparaît d'une grande vitalité et constitue peu à peu le pays le plus actif du Bassin méditerranéen. Son agriculture, prospère, constitue une exceptionnelle source de réserves pour l'armée civique, d'autant plus que la population comprend un tiers d'esclaves, dont les plus capables peuvent accéder, par affranchissement, à la citoyenneté.   Cette situation dynamique, qui va durer plus d'un siècle, permet d'expliquer le passage de la république oligarchique à une monarchie potentiellement tyrannique, au prix d'une vingtaine d'années de guerres civiles sanglantes.

Les guerres civiles à Rome

Samedi 14 Juin 2008 à 23:18

Publié par histoire-universelle dans Empire Romain


Les conquêtes de Jules César
Carte Hachette


Tout commence par un accord secret entre Pompée, déçu par les hésitations du sénat à le récompenser, et Crassus, le plus riche des Romains. Cet accord est négocié par un patricien, Jules César.

Le premier triumvirat
Il va durer une dizaine d'années, confirmant la prééminence de Pompée, et assurer, en outre, de grands commandements provinciaux, d'abord à Jules César, ensuite à Crassus.  

L'agitation est créée par l'action du tribun Clodius, qui devient très populaire en créant l'annone (service veillant à l'approvisionnement de Rome en blé et à sa distribution gratuite à certaines catégories de citoyens).  

En une dizaine d'années, Jules César conquiert la Gaule, des Cévennes au Rhin. Cependant, le triumvirat cesse d'exister dans les faits (53) après la défaite et la mort de Crassus sur le front d'Orient (53). Le tête-à-tête César-Pompée s'oriente vers un affrontement, mais les événements favorisent le second, qui est alors nommé consul unique par le sénat.  
 

Jules César
Les républicains pensent utiliser Pompée pour abattre Jules César, à la fin de son commandement gaulois, mais ce dernier marche sur Rome avec son armée (passage du Rubicon, janvier 49).  

Le but de César est de prendre la direction de l'Etat, mais son initiative oblige le sénat à reconnaître la même mission à Pompée. La nécessité d'un responsable unique s'impose de nouveau. L'incapacité du sénat est devenue manifeste, la solution monarchique apparaît évidente pour de nombreux esprits.  

Cependant, la conquête du pouvoir donne au conflit une dimension méditerranéenne, la guerre civile ravageant l'Italie et les provinces. César finit par venir à bout de la résistance de Pompée.  

César devient dictateur, préside les comices, se fait élire consul (48), abdiquant alors la dictature. Il reçoit plus tard une seconde dictature: le droit de présider à l'attribution des magistratures, de nommer les gouverneurs des provinces prétoriennes et à nouveau le consulat (pour cinq ans). Son appui principal est la plèbe de Rome, d'où la nécessité pour lui de s'unir à ses tribuns et de faire voter de nombreux plébiscites.  

L'assassinat de César
Pour disposer d'un sénat à sa dévotion, César nomme de nombreux partisans, en particulier des Gaulois de la plaine du Pô (ses clients), et y réintègre certains de ses adversaires ou leurs fils. Un complot, réunissant autour de Brutus et de Cassius quelques-uns de ses partisans déçus et des pompéiens, est organisé pour supprimer César, qui est assassiné le 15 mars 44 en pleine séance du sénat.  
Ses héritiers, Marc Antoine, César Octavien et Lepidus, après avoir éliminé les meurtriers, s'allient pour instituer une magistrature collégiale, le «triumvirat constituant», supérieur au consulat, et d'une durée de cinq ans renouvelable.  
 
Le partage du pouvoir
A Marc Antoine est dévolu l'Orient, où il va mener de grandes opérations jusqu'en Arménie, tandis que César Octavien prend le contrôle des provinces occidentales, où il doit mettre fin à une guerre difficile en Illyrie.

La rupture survient en 32, lorsque Marc Antoine, que ses adversaires disent ensorcelé par la reine d'Egypte, Cléopâtre, reprend le contrôle de l'Italie à César Octavien, qui par un coup d'Etat chasse de Rome les partisans de son rival. Mais ce dernier, dont les forces sont équivalentes, sinon supérieures, sur terre comme sur mer, à celles d'Octavien, se révèle général hésitant et politique maladroit en refusant de se séparer de Cléopâtre.

En plein engagement naval, à Actium, sur les côtes d'Epire, tous les deux prennent la fuite. Les légions d'Antoine, abandonnées, se soumettent à Octavien (septembre 31), qui, un an plus tard, annexe l'Egypte après le suicide de son compétiteur et de Cléopâtre.  

Les Romains en Gaule

Samedi 14 Juin 2008 à 23:25

Publié par histoire-universelle dans Empire Romain


La Gaule romaine (I-IIIe s.)
© Intercarto

La progression des Romains en Gaule
A partir du début du III e  siècle, les Romains, vainqueurs de Carthage, étendent leur hégémonie sur le bassin occidental de la Méditerranée. Entre 197 et 189 av. J.-C., ils reçoivent la soumission des diverses tribus gauloises cisalpines.  

Convoitant la Gaule, ils mettent d'abord la main sur le commerce marseillais. Au cours des III e et II e siècle, Marseille est obligée de se défendre contre la poussée de plus en plus forte des tribus celto-ligures. La ville est fortifiée, ainsi que certaines colonies (Saint-Blaise). Mais très vite elle doit appeler les Romains à l'aide: en 181 contre la piraterie ligure, qui sévit dans la région de Nice; en 154 pour repousser les tribus de la côte. Ces appels réitérés aboutissent à la conquête de la Provence après 125 av. J.-C.  

En 120 av. J.-C., les Romains ont annexé la partie méridionale de la Gaule Transalpine, qu'ils nomment la Provincia (devenue par la suite la Narbonnaise).  

La conquête du sud de la Gaule s'effectue en trois phases:  
-
les deux campagnes contre les Voconces et les Salyens, qui aboutissent à la fondation d'Aix-en-Provence;  
- l'expédition victorieuse, grâce à l'alliance avec les Eduens, contre les Allobroges et les Arvernes;  
- les campagnes de pacification et d'organisation des territoires conquis, et, en 118, la fondation de Narbonne.  

Les Suèves et les Helvètes sont repoussés, les Belges vaincus; les Armoricains, les Vénètes et les Aquitains sont soumis.  
 


Jules César le conquérant
En 58 av. J.-C., Jules César fait entrer son armée en Gaule à l'appel des Eduens. Il marche contre les ennemis de ces derniers, les Helvètes, puis avance vers le nord-est et défait le chef germain Arioviste. Après cette double campagne, au lieu de repasser en Gaule romaine, César cantonne ses troupes dans le pays même des Eduens. Les autres peuples s'inquiètent de voir les légions romaines installées si près d'eux et prennent les armes. D'où les deux campagnes que César mène dans le nord puis dans l'ouest de la Gaule en 57 av. J.-C. L'année suivante, César a pacifié la quasi-totalité de la Gaule.

En 54 av. J.-C., les Gaulois se liguent dans le plus grand secret. Une insurrection, presque générale, éclate. Elle est dirigée par un guerrier noble du pays des Arvernes,Vercingétorix . Au printemps 52 av. J.-C., César échoue dans une attaque contre Gergovie, la capitale des Arvernes, mais bat les Gaulois dans la vallée de la Saône. Ces derniers se réfugient alors sous les murs de la place forte d'Alésia. César assiège la ville et oblige Vercingétorix à capituler. Il doit encore réduire quelques résistances locales, mais, en 51 av. J.-C., la Gaule est entièrement soumise.

Conformément à une politique éprouvée de longue date et mise en application en Gaule transalpine (Provence et Languedoc) depuis 121 av. J.-C.,Rome va s'efforcer d'intégrer le pays dans son système politique, dans sa civilisation, et de faire des Gaulois des Gallo-Romains.    

Entente et prospérité gallo-romaines
la Gaule connaît pour la première fois une unité politique et administrative; il est divisé en quatre provinces - Narbonnaise, Aquitaine, Lyonnaise etBelge - en 27 av. J.-C. et se transforme avec une étonnante rapidité.

Les premières mesures de sécurité
Dès 43 av. J.-C., la fondation de Lyon, la future capitale des Gaules, préfigure l'organisation administrative réalisée parAuguste . La Gaule est divisée en quatre provinces: la Narbonnaise, l'Aquitaine, la Celtique ou Lyonnaise et la Belgique. Un réseau routier, centré sur Lyon, les chefs-lieux et les camps militaires disséminés le long des routes forment autant de points de cristallisation de la romanité. L'armée constitue un autre moyen d'assimilation: César incorpore massivement des Gaulois dans ses armées, et cette pratique est poursuivie par ses successeurs. Ces décisions, si elles sont d'élémentaires mesures de sécurité, préparent les mesures d'intégration qui leur succéderont.  

Les mesures de l'empereur Claude
Le règne de Claude (41-54), cet «empereur des Gallo-Romains», né à Lyon, est décisif. Il protège la frontière nord-orientale de la Gaule des menaces germaniques; il associe habilement les Gaulois à l'invasion de la Bretagne, rompant ainsi la solidarité celtique; il interdit la religion druidique, déjà moribonde il est vrai. En même temps, il prépare la promotion civique des Gaulois en leur ouvrant largement l'accès à la citoyenneté romaine: celle-ci était répandue en Narbonnaise, où nombre de colonies romaines avaient été implantées; elle l'était beaucoup moins dans les autres provinces, où seuls les soldats, après vingt-cinq ans de service, pouvaient y accéder. En favorisant la naissance de véritables villes, en leur donnant une administration calquée sur celle des municipes italiens, Claude fait progresser la romanisation: les élites urbaines reçoivent le plein droit de cité en 47, ce qui leur ouvre l'accès au Sénat. Lorsqu'en 212 l'édit de Caracalla accorde la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'Empire, les élites urbaines des Gaules en profitaient déjà largement.  

Les résistances
En 12 av. J.-C., Auguste réunit à Lyon une assemblée des représentants des cités des trois provinces de la Gaule «chevelue» (conquise par César). L'occasion en est la célébration du culte de l'empereur et de Rome. Ce conseil, dit «Conseil des Gaules», se réunit donc sous la direction d'un prêtre du culte impérial, près d'un autel situé à la Croix-Rousse. Mais les problèmes généraux de la Gaule y étaient traités. Réuni chaque année, ce conseil manifeste l'originalité de la Gaule en même temps que sa fidélité à Rome.  

D'autre part, la romanisation rencontra quelques résistances. En dehors du cadre provincial, Rome, faute d'effectifs suffisants, a laissé subsister l'organisation traditionnelle de la Gaule: cités et pagi. Mais la généralisation de l'impôt foncier a affaibli l'aristocratie gauloise, propriétaire du sol, et provoqué son mécontentement; des révoltes antifiscales combinées parfois à des révoltes nationales éclatent, comme en 21, en pays trévire et éduen. La révolte de 68-70, plus générale, n'est plus antiromaine: elle est une protestation contre les abus deNéron : l'assemblée des cités gauloises tenue à Reims affirme la fidélité des Gaulois à Rome. A cette date, le Gaulois du temps de l'indépendance a fait place au Gallo-Romain.

L'urbanisation
Urbanisation et municipalisation ont été les facteurs de cette évolution vers la romanisation.

Autour des villes
Certes la Gaule reste un pays rural. Les campagnes gauloises, qui connaissaient, dès le I
er  s. av. J.-C., une structure agraire proche de celle de l'Italie, ont adopté sans difficulté l'organisation romaine. Après la période de destruction due à la conquête, la Gaule connaît une prospérité sans faille: le savoir-faire et la technique gauloises ont pu s'épanouir grâce àla paix et à l'organisation romaines. Mais si la masse de la population reste rurale, son élite dirigeante se confond avec la bourgeoisie urbaine.  

La ville gallo-romaine
La civilisation urbaine est proprement gallo-romaine. Colonies romaines comme Lyon ou Narbonne, villes pérégrines, c'est-à-dire nées spontanément à partir d'un noyau pré-urbain, les villes gauloises ont adopté ou adapté le plan romain: quadrillage de rues avec les deux axes principaux du Decumanus et du Cardo; au carrefour de ces deux voies, un forum, qui, en Gaule, est très souvent fermé, rassemble boutiques et bâtiments administratifs. Le théâtre s'élève non loin du centre, alors que l'amphithéâtre et parfois le cirque sont rejetés à la périphérie. Nombre de petites villes du nord de la Gaule (comme Lutèce) ont adopté le demi-amphithéâtre, qui possède à la fois arène et scène.  

Thermes (comme ceux de Cluny à Lutèce), magasins et entrepôts souterrains (ceux de Lyon sont célèbres) complètent le paysage urbain, assez uniforme, de la ville gallo-romaine. D'importants travaux d'adduction d'eau (l'aqueduc du pont du Gard, les bassins et canalisations de répartition de Nîmes, par exemple) assurent à ces villes un minimum de confort.

L'organisation municipale
Ces travaux coûteux sont financés en partie par les empereurs ( Auguste a payé les murailles de Nîmes), en partie par les notables de la ville. Ceux-ci exercent des fonctions municipales, souvent honorifiques, mais qui sont sources de privilèges. Ils appartiennent à l'ordre des décurions et leurs fonctions leur permettent parfois d'accéder à des postes administratifs plus importants. Ces notables se recrutent chez les aristocrates ruraux venus se fixer en ville, chez les vétérans de l'armée romaine, chez les negotiatores; tous ensemble ils forment la bourgeoisie de la ville. En dessous, les membres des corporations d'artisans ou de marchands, riches parvenus, sont écartés des magistratures municipales, mais le temps comble souvent le fossé qui les sépare de la bourgeoisie. Enfin, la plèbe (petits artisans, souvent misérables) trouve dans la ville divers avantages: dons, spectacles, etc.

La civilisation gallo-romaine
La conquête romaine n'a guère changé la composition ethnique de la population: quelques centaines de milliers d'immigrants se sont fondus dans une population qui reste gauloise. En revanche, la fusion des civilisations est indéniable, quoique limitée à la ville. La masse des ruraux reste non seulement ethniquement gauloise, mais encore de civilisation gauloise.Les Francs vont dès lors jouer un rôle prépondérant dans le destin de la Gaule.

La religion
La religion gallo-romaine permet d'apprécier le mieux les limites de la fusion. Si le druidisme a été pourchassé, les dieux et les croyances gauloises sont restés, comme les divinités animales (le taureau), la déesse cavalière Epona, le dieu à ramure de cerf Cernunnos. Maisdes dieux romains ont été adoptés: Mars, Apollon et Mercure, que l'on trouve associés à Cernunnos sur une stèle de Reims. Parfois, la fusion est complète (cas du Jupiter taurin). Le maintien des traditions celtiques se manifeste encore dans le temple gallo-romain, construit en pierre, mais selon le plan carré qu'ont très généralement adoptéles Celtes.  

Le maintien de la langue gauloise
Cette spécificité gallo-romaine dans le domaine religieux, cette sorte de résistance passive du vieux fond celtique, s'accompagne du maintien de la langue gauloise dans les campagnes jusqu'au VI
e  siècle. Seule l'élite urbaine pratique le latin, langue de culture, de l'administration, de l'armée, langue, pour tout dire, de la promotion sociale et civique. Des écoles urbaines nombreuses l'enseignent.  

La pensée gallo-romaine
L'on ne doit pas se dissimuler la médiocrité de la vie intellectuelle en Gaule romaine. Il faut attendre le IV
e  siècle pour qu'un auteur comme Ausone donne quelques titres de noblesse aux lettres gallo-romaines. Le latin ne fait la conquête de la Gaule, et sous la forme abâtardie du latin vulgaire, que sous l'impulsion duchristianisme . Or celui-ci ne pénètre que tardivement et timidement en Gaule. L'évolution a été, de ce point de vue, radicalement différente de celle de l'Espagne celtibère, rapidement et profondément conquise à la langue latine.  

Malgré ces limites, malgré les difficultés qui l'éprouvent à partir du III e  siècle, la Gaule romaine a été une réussite dans la mesure où la distinction vainqueur-vaincu s'est rapidement estompée, sans que le second renonce à sa propre personnalité.

L'art gallo-romain
La civilisation gallo-romaine offre la plupart des caractéristiques de la civilisation romaine, car ce qui appartenait en propre à la Gaule ne laissera, en raison de l'action brutale de César, que peu de traces.  

L'architecture urbaine romaine
Les exigences militaires et administratives romaines amenèrent en Gaule la création d'un réseau de petites capitales reliées entre elles par des routes. Ces mêmes exigences firent surgir de toutes parts les monuments qui caractérisaient le paysage urbain dans l'ensemble du monde romain: temples, forums, basiliques, théâtres, thermes, arcs, portes et aqueducs. Situer l'architecture romaine en Gaule, c'est donc tout naturellement évoquer les ruines antiques d'un grand nombre de villes françaises: Nîmes (les arènes, la Maison carrée), Arles (le théâtre, les arènes, les Alyscamps), Orange (arc de triomphe, théâtre), Saint-Rémy-de-Provence (tombeau des Julii, arc de triomphe), Vaison (portique de Pompée, théâtre). Les noms de Saintes, Bordeaux, Lyon, Autun, Paris, Béziers, Fréjus, Narbonne, etc., indiquent clairement que l'implantation urbaine et son développement sur l'ensemble du territoire des Gaules sont à l'origine de l'actuelle géographie des villes en France. Trèves, aujourd'hui ville allemande, reflète, par ses ruines imposantes (Porta nigra, Aula Palatina), ce que fut à son plus haut niveau l'urbanisme romain en pays conquis.  

Il existait pourtant des monuments de tradition celtique réalisés avec l'aide de la technique romaine. Ce type de temple est parfaitement représenté par la tour de Vésone à Périgueux et le temple de Janus à Autun.  

La sculpture
Ronde-bosse ou relief, la sculpture est sans conteste un art importé de Rome en Gaule.  

La tradition gréco-romaine
La province de la Narbonnaise, qui couvrait une grande partie du sud de la Gaule, fut le siège d'une importante école de sculpture dont l'activité se retrouve jusque dans les antiques de Saint-Rémy-Glanum (environ 20 av. J.-C.) et sur l'arc d'Orange (environ 20 apr. J.-C.). Il n'est pas rare que la Médée d'Arles ou les Guerriers de Mondragon soient attribués à cette école. Les fouilles ont également permis de mettre au jour un nombre considérable de sculptures de marbre, datant des premiers siècles de l'Empire, têtes ou statues d'empereurs, toutes de pur style gréco-romain (Tibère et Hadrien à Vaison, Marcellus et Auguste à Arles, figures impériales de Martres-Tolosane, etc).  

Les petits bronzes
Les petites figures en bronze (danseurs, danseuses et animaux) découvertes en 1861 à Neuvy-en-Sullias et dont le style, à vrai dire, ne s'apparente aucunement à celui des sculptures romaines permettent de supposer qu'une tradition nationale celtique se serait maintenue, en dépit de l'écrasante influence gréco-romaine. Les bustes et les masques de Bouray, de Bavay, de Notre-Dame d'Alençon, de Garancière, de Tarbes, exécutés en tôle de bronze ou de fer, n'offrant pas un aspect classique, confirmeraient cette hypothèse. Il est cependant permis, au sujet de ces œuvres, de s'en tenir à l'idée d'un art romain mal assimilé, à moins que, la facture romaine classique ayant, ici et là, perdu sa force d'attraction, n'aient réapparu d'anciennes formes primitives de sculpture.  

Les arts du métal
En revanche, les survivances celtiques sont incontestables en ce qui concerne les bijoux et, plus généralement, ce qui touche aux arts du métal (fibules à émail cloisonné, par exemple), dans lesquels les Gaulois excellaient au temps de leur indépendance. Pour le reste, et à peu d'exceptions près, mosaïques, vaisselle de bronze, argenterie, céramique (la fameuse céramique sigillée exportée dans l'Empire entier), tout relève d'emprunts à laGrèce et à Rome . Une exception: les origines de la verrerie gallo-romaine (bouteilles avec fils de verre polychromes appliqués, barillets de Frontin) sont orientales.
 
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